COL&MON vise a combler un vide en matière de géographie ecclésiastique en proposant un SIG pour satisfaire les attentes des spécialistes d’histoire religieuse comme d’un public plus large d’érudits et d’associations patrimoniales soucieuses de mieux connaître et de valoriser les sites anciens. Mais le fait de réunir dans un même projet collégiales et monastères qui ont partagé pendant des siècles les mêmes fonctions en abritant lieux de pèlerinages, paroisses, collèges, hôpitaux, confréries, etc. nécessite aussi de remettre en cause et de rénover une longue tradition scientifique, tant sur le plan des outils que des problématiques.

Un champ d’étude renouvelé

L’historiographie portant sur les échelons essentiels de la géographie ecclésiastique que sont monastères et collégiales s’est renouvelée depuis une vingtaine d’années. L’intérêt pour les approches religieuses sous l’angle de l’histoire sociale ou culturelle a dynamisé les recherches et renouvelé en profondeur les données. Les nombreux travaux sur les élites, sur l’imbrication des réseaux aristocratiques laïques et ecclésiastiques au sein des sphères du pouvoir ont permis d’appréhender les mondes monastiques et canoniaux comme des éléments majeurs de structuration et d’évolution de la société médiévale.
En deuxième lieu, les approches spatiale, monumentale et archéologique ont largement enrichi nos connaissances des établissements réguliers en ouvrant des domaines jusqu’alors méconnus (pratiques funéraires, économie monastique, topographie régulière…).
L’heuristique est le dernier domaine historiographique à avoir bénéficié de réelles avancées. De nombreux projets ont permis la mise en ligne de bibliothèques virtuelles de manuscrits originaux et d’éditions de textes ou de chartes médiévales.

Des corpus et des outils à moderniser

Davantage marqué dans le domaine monastique que canonial, ce récent renouvellement a en revanche beaucoup délaissé les outils de travail de la géographie ecclésiastique pour se concentrer essentiellement sur l’exploration de ces nouvelles problématiques, d’où le cruel manque d’outils adaptés aux pratiques historiques contemporaines, particulièrement de répertoires mis à jour et d’outils cartographiques. Les chercheurs ne disposent que de volumes de corpus dépassés mais pourtant utilisés car seulement disponibles, et de cartes le plus souvent très générales à petites, voire toutes petites échelles qui ne permettent pas d’envisager l’implantation religieuse à l’échelle nationale, diocésaine, a fortiori locale.

Des objets institutionnellement éclatés

COL&MON a pour volonté de réunir deux secteurs de la recherche historique qui se sont le plus souvent ignorés en empruntant des voies parallèles. Les institutions monastiques ou régulières en général et les établissements séculiers comme les collégiales sont traditionnellement considérés comme deux questions étrangères l’une à l’autre dans un schéma simplificateur de la réalité ecclésiale, clergé séculier d’un côté, clergé régulier de l’autre. Les résultats préliminaires (constitution des deux bases) montrent que l’un ne va justement pas sans l’autre pour leur compréhension mutuelle.
L’historiographie a pu aussi absorber toutes les collégiales dans la sphère régulière par confusion des genres de vie religieuse. Ces questions risquent de demeurer à jamais irrésolues ou faussement résolues si les historiens continuent, soit à les envisager séparément, soit à les confondre de manière erronée. Ceci explique que ces établissements séculiers aient longtemps pâti de l’absence de corpus spécifique avant la réalisation de la base Collégiales.

De nouveaux outils communs pour la géographie ecclésiastique

La réunion des collégiales et des monastères dans un même projet de recherche est donc le fruit de ce constat et de la volonté d’instaurer de réelles convergences entre deux types d’institutions, certes distincts mais qui ont pourtant de nombreux points communs expliquant par ailleurs les confusions évoquées :

  • fondateurs identiques (laïcs et ecclésiastiques)
  • place centrale de la liturgie
  • application et adaptation de règles de vie religieuse
  • organisation spatiale de bâtiments communautaires
  • fonctions scolaire et charitable
  • situation

Cela conduisit d’ailleurs beaucoup d’églises à changer de statut (de collégiale en monastère ou vice et versa), notamment dans les contextes de réforme. Les deux formes de vie religieuse qu’abritent collégiales et monastères sont enfin distinctes mais non hermétiques. La présence de chanoines aussi bien dans la sphère séculière que dans le monde régulier constitue d’emblée un évident révélateur de leur proximité mais également de leur concurrence. Le but ici recherché est donc non seulement de fédérer les recherches passées et en cours sur ces établissements médiévaux mais aussi de bâtir en synergie des outils de travail performants pour la recherche actuelle en histoire du religieux et de la géographie ecclésiastique. Les envisager de manière commune permettra ainsi de mettre en lumière les liens qui les unissent et offrira une vision plus globale des phénomènes historiques traditionnellement tronçonnés en thématiques autonomes.

Notre méthode